Communication visuelle - Concepts clefs pour mieux créer

Conception d'une affiche de film

sigma-vision.com ©copyright 2006

Avant- propos :

Cet article va aborder les idées essentielles qui servent la réalisation d'un visuel grand format. Attention ! Ceci n’est pas un tutorial ! Afin d'illustrer le discours théorique développé lors d'un précédent article (1) , l'exemple servant la démonstration restera fictif. En effet, il ne nous est pas permis, selon la déontologie nous reliant à nos clients, d'illustrer notre propos par un travail ayant servi leur image. Considérons donc le cas particulier d'un film comme une entreprise dont l'image va être directement portée par une affiche, à des fins de promotion ou de publicité.

Premiers pas

Tout d'abord, il faut rappeler que les conditions de cet exercice ne seront pas les mêmes que celles d'une affiche réelle, en raison de certains aspects techniques. Un matériau photographique de très haute définition (2) serait normalement nécessaire pour exécuter un tel travail.

Cela tient essentiellement au fait qu'un format comme l'affiche a naturellement besoin d'images de grande taille et de très bonne qualité pour être imprimé, voire décliné par la suite en une multitude d'autres formats (plus grands ou plus petits).

Une affiche type abribus mesure 120 cm par 176 cm - la norme en imprimerie est de concevoir sa maquette à l'échelle ¼ soit ici un format A3.

La fin justifie les moyens

Pour tout travail destiné en sortie à de l'imprimerie professionnelle il faut considérer trois paramètres :

- la taille ou format de la maquette (en cm ou mm pour simplifier)

- la définition ou qualité de l'image (en dpi ou « dot per inch » - « point par pouce » en français)

- le standard des couleurs (« cmjn » ou « rvb » pour l'essentiel « papier imprimé » ou « lumière écran »)

Ceci ne s'applique qu'aux photographies ou « images bitmap » et non aux images dites « vectorielles » comme les éléments textes. Il exite une multitude de formats de fichier « pixel » ou « vectoriel ».

Pour bien distinguer la taille de la définition, il suffit de se rappeler que la définition est hiérarchiquement plus importante que la taille d'un fichier image. Une image de 10x15cm en 72 (3) dpi ne s'imprimera jamais sous ce format sans que la qualité en patisse nettement. Inversement, une image de 10x15cm en 300 (4) dpi s'imprimera à coup sûr dans ce format car elle contient plus d'informations et de pixels (elle pèse plus lourd sur un espace de stockage – cf. le nombre de Ko).

Le but étant de concevoir une affiche plus que de l'imprimer, l'exercice va donc être simplifié pour contourner les limites d'usage en imprimerie et les difficultés posées par un format A3. Il faudrait bien entendu respecter les paramètres ci-dessus pour obtenir un réel résultat en sortie. Nous allons concevoir une affche de taille A4 en 72 dpi (non imprimable à cette taille) ce qui correspond uniquement à une définition écran ou à une impression de 5x7 cm en 300 dpi.

S'inspirer sans copier

Concevoir une affiche alternative pour le film Casino Royale, cela signifie s'inspirer d’un existant dans un premier temps.

Des éléments graphiques et photographiques (visuels, logo officiel, bandes annonces) rendent comptent d’une ambiance et d’un traitement du sujet par un jeu de couleurs (le "look & feel"). Le repérage de ses éléments est essentiel pour assurer une certaine cohésion visuelle au travail à venir.

Il ne s’agit pas de copier mais de s’inspirer (ce qui fera naître véritablement de nouvelles images). Il ne s’agit pas de refaire à l’identique mais de créer une variation du thème (exactement comme en musique). Il s’agit donc de penser une autre image, proche de ses références car partageant des éléments communs (ex : les silhouettes féminines, les armes à feu, etc…) mais en les agençant de manière suffisamment distincte, originale ou unique.

Une telle démarche implique de définir un parti pris qui sera le reflet de l’esprit l’ayant engendré. Clairement, c’est à cette étape que vous devez vous démarquer des références et les utiliser sans les répéter telles qu’elles. Le choix est simple : recréation sinon plagiat.

Une idée avant tout

Le second temps devra mobiliser quelques astuces pour se démarquer de l’influence première.

Choisir de mettre en valeur des éléments peu exploités voire non retenus peut présenter un certain intérêt dans une mise en scène graphique de ce type. Ainsi la voiture, le personnage de James Bond, son adversaire, le personnage central féminin , le décor du jeu de casino sont autant d’entrées de ce même univers de film.

Ces éléments bruts sont à modifier de sorte qu’ils s’imbriquent harmonieusement dans la composition finale (5). Le rapport entre la mise en page et la mise en espace se travaille afin d’apporter du relief. L’idée est de donner ici en volume un aperçu quasi symbolique du film, une espèce de scénette réelle et irréelle à la fois : un coin de rue sombre où circule une seule voiture.

L’ajout d’un slogan dans notre cas de figure ne gâche rien : cela participe de la réappropriation d’un univers très reconnaissable et cela renforce l’accroche publicitaire.

Le concept graphique

D’autres facteurs interviennent et mettent à l’épreuve la créativité. Ici le choix des images a suivi deux contraintes : la meilleure qualité possible pour les fichiers photo et par conséquent un nombre restreint d’images à utiliser.

Une affiche officielle aura le luxe de trier parmi des dizaines de clichés pour retenir une seule expression du visage de l’acteur ou une posture par exemple. Ce n’est pas le cas ici.

Malgré ce déterminisme, il n’est pas possible de justifier toutes les raisons pour lesquelles le résultat final ressemble à ceci plutôt qu’à cela. Une certaine forme de recherche permet de tester ce qui fonctionne et ne fonctionne pas pour arriver peu à peu à une composition équilibrée en fonction de l’effet souhaité.

Ici l’affiche s’est construite pour refléter l’idée d’un film de James Bond pas comme les autres, se déroulant dans un univers plus froid et sombre qu’à l’accoutumée, sans effet glamour ni coupe de champagne, quitte à s’éloigner un peu des poncifs habituels (pas d’arme à feu visible cette fois ni de silhouette sexy ou de nuages de flammes qui explosent).

Tout cet ensemble définit un concept graphique qui résume à lui seul très synthétiquement ce que le film est censé dérouler en deux heures de temps.

un texte de Sébastien FORNES
<< retour accueil
1 Quand l'image devient langage (ndlr).

2 Cela exclut d'entrée l'Internet comme source d'images (trop légères et trop compressées).

3 Standard de la définition pour un écran d'ordinateur.

4 Standard de la définition pour un support d'imprimerie.

5 L’harmonie ne signifie pas nécessairement qu’il est interdit de bousculer l’œil, de le choquer. Tout dépend du parti pris, de cet angle de traitement retenu (ndlr).